Vibe coding et scroll-telling : le nouveau standard pour pitcher et convaincre

A.K.A. "Comment passer d'une présentation à une démonstration".

Vibe coding et scroll-telling : le nouveau standard pour pitcher et convaincre

Les agences continuent de livrer des Keynote. Les créatifs peaufinent leurs slides pendant des heures. Alors qu'une partie du secteur a discrètement changé de format pour vous rendre addict à l'innovation.

Pas parce que PowerPoint est mauvais (ok un peu parfois). Mais parce que le vibe coding a rendu accessible quelque chose qui était jusqu'ici réservé aux équipes techniques : construire une expérience digitale interactive en quelques heures, sans forcément maîtriser le développement front-end.

Le résultat ? Des projets pitchés sous forme de pages web scrollables, animées, narratives. Des présentations qui ne se lisent plus, qui se vivent.

J'en parle parce que j'ai perdu un projet comme ça. J'avais bien préparé mon pitch, mais je n'avais pas prévu le coup du "bah en fait testez l'idée plutôt que juste m'écouter".

Et si je devais vous donner envie de lire cet article façon post LinkedIn à paillettes, voici ce que je pourrais vous dire :

💡
Votre concurrent vient de pitcher son projet. Pas avec un Keynote qu'il a peaufiné pendant trois jours. Avec un lien. Une page web qui s'anime, qui défile, qui raconte.

Pendant que vous aligniez vos blocs et choisissiez vos transitions, il décrivait son projet à une IA et obtenait une expérience interactive en une demi-journée.

Le client a exploré ça avant même d'entrer en réunion. Il avait déjà son avis en arrivant.

Ce que le vibe coding change concrètement

Le vibe coding, c'est l'approche qui consiste à générer du code fonctionnel via des outils IA (Cursor, Claude, v0, Bolt, Lovable, Replit) en décrivant ce qu'on veut en langage naturel. Pas de syntaxe à maîtriser. Pas de documentation à parcourir. On décrit une intention, l'IA produit le code, on ajuste, on itère.

Pour un créatif ou un DA habitué à Figma et Keynote, c'est un changement de registre significatif. Ce qui demandait auparavant une collaboration avec un développeur (donc des délais, des allers-retours, un budget) devient faisable en autonomie sur une demi-journée. Enfin, plus ou moins une journée.

Ce déblocage a un effet direct sur les formats de présentation. Quand construire une page web interactive ne représente plus une contrainte technique, la question devient : pourquoi continuer à livrer des slides ?

Le scroll comme outil de conviction

Une présentation classique segmente l'information. Une idée par slide, une transition, un bouton « suivant ». Ce découpage impose un rythme et une logique qui appartiennent au présentateur, pas au lecteur.

Une expérience en scroll-telling fonctionne différemment. Le défilement est le geste le plus naturel sur le web. En l'utilisant comme moteur narratif, on accompagne le lecteur plutôt qu'on le fait avancer à coups de clics. Les informations se révèlent progressivement, les données s'animent au moment où elles deviennent pertinentes, les transitions créent des liens visuels entre les concepts.

Pour pitcher un projet à un client, cette approche change la nature de la conversation. Au lieu de commenter des slides dans une salle de réunion, vous envoyez un lien. Le client explore à son rythme, revient sur les sections qui l'intéressent, partage facilement en interne. La présentation devient un objet autonome, pas un support de réunion.

Ce glissement, du support projeté à l'expérience partagée, est probablement le changement le plus sous-estimé que le vibe coding rend possible pour les agences.

Sur ces supports, on peut même y placer des outils évolués permettant de retrouver des heatmaps, des enregistrements de sessions, de l'intéractivité réelle...

Comment ça se construit en pratique

Le processus part toujours du contenu, jamais de la technique. C'est le premier réflexe à acquérir : structurer sa narration avant de toucher à un outil.

Première étape : découper en séquences.

Identifiez les moments clés de votre pitch : le problème, l'approche, la solution, les preuves, l'appel à l'action. Chaque moment correspond à une section de scroll. Rédigez le contenu de chaque section comme vous le feriez pour un slide, mais en pensant à ce qui doit apparaître, évoluer ou disparaître pendant le défilement.

Deuxième étape : décrire l'intention à l'IA.

Avec un outil comme Bolt ou v0, décrivez votre structure en langage naturel. « Je veux une page web avec cinq sections. La première affiche un titre centré qui apparaît en fondu au scroll. La deuxième révèle progressivement trois statistiques côte à côte. » L'outil génère une base de code HTML/CSS/JavaScript fonctionnelle. Pas toujours jolies si vous oubliez de lui donner votre charte.

Troisième étape : itérer sur le rendu.

Le premier résultat ne sera pas parfait. Ajustez les couleurs, les typographies, les timings d'animation en continuant à décrire les modifications en langage naturel. « Rends l'apparition du titre plus lente. Ajoute un fond sombre sur la troisième section. » Chaque itération prend quelques secondes.

Quatrième étape : tester sur de vrais utilisateurs.

Envoyez le lien à deux ou trois personnes. Observez où elles s'arrêtent, ce qu'elles relisent, là où elles décrochent. Ces retours sont bien plus précis que les réactions à des slides, parce que l'expérience est autonome et non commentée en direct.

Les limites à ne pas ignorer

Le vibe coding accélère la production, mais ne remplace pas le jugement éditorial ni l'exigence de finition. Et de toute façon, soyons clairs ensemble : sans bonne idée, pas de bonne expérience à partager.

La cohérence visuelle reste un vrai travail. L'IA génère du code fonctionnel, rarement du design maîtrisé. Les typographies, les espacements, les transitions ... tout ça demande un œil formé et des ajustements manuels. Une expérience scroll-telling bâclée visuellement nuit plus au projet qu'un Keynote propre.

Les performances mobiles ne sont pas garanties. Les animations complexes peuvent saccader sur smartphone, consommer de la batterie, dégrader l'expérience. Il faut tester sur device réel et simplifier si nécessaire. Ce que l'IA génère par défaut n'est pas toujours optimisé pour mobile.

L'accessibilité est souvent oubliée. Certaines personnes sont sensibles au mouvement et aux animations intensives. La media query prefers-reduced-motion doit être respectée. Un contenu qui n'est compréhensible qu'avec les animations actives est un contenu inaccessible.

Le scroll-telling n'est pas adapté à tous les contextes. Pour un brief technique, une documentation, un devis détaillé ... les formats structurés classiques restent plus efficaces. Le scroll-telling excelle quand l'objectif est de convaincre, d'impressionner, de raconter une histoire. Il devient un obstacle quand l'objectif est de consulter ou de comparer.

Ne cherchez pas à innover sans vraie raison. Restez factuels. N'oubliez pas que l'être humain reste un animal réfractaire aux changements. Ne le bousculez pas trop. Mais un peu quand même. Ça lui fait du bien.

Ce que ça implique pour les agences

La vraie question n'est pas technique. C'est une question de positionnement.

Livrer une expérience web interactive à la place d'un PDF ou d'un Keynote change la perception de la valeur produite. Un client qui reçoit un lien vers une page animée et cohérente se souvient de l'agence différemment de celui qui reçoit un fichier .pptx.

Ce n'est pas superficiel. C'est de la démonstration de compétence par le format lui-même.

Le vibe coding rend ce standard atteignable sans recruter un développeur front-end ni multiplier les budgets. Il demande en revanche d'acquérir quelques réflexes nouveaux : penser en séquences narratives plutôt qu'en slides, tester sur des vrais utilisateurs, et accepter d'itérer vite plutôt que de peaufiner longtemps en vase clos.

Les agences qui l'intègrent maintenant ne prennent pas d'avance spectaculaire. Elles se positionnent simplement dans les standards de demain avant que ces standards deviennent la norme attendue.