Le vibe working, c’est mieux que le vibe coding.
Ou quand l’IA fait enfin ce que Word aurait dû faire depuis 20 ans. Enfin presque.
Il y a plusieurs semaines, Microsoft a annoncé le déploiement d’un « Agent Mode » dans ses applications Office : Word, Excel, PowerPoint. Leur mot pour le décrire en interne : vibe working. Maintenant, c’est en plein déploiement.
L’idée, c’est que Copilot ne se contente plus de répondre à des questions dans une sidebar, mais qu’il agit directement dans le document, en temps réel, sous tes yeux.
Sumit Chauhan, VP du groupe Office chez Microsoft, l’a dit lui-même sans détour : quand ils ont sorti Copilot la première fois, les modèles n’étaient pas assez puissants pour commander les applications.
Copilot était un partenaire passif. Il pouvait analyser, résumer, suggérer … mais pas vraiment faire. Maintenant, il peut faire.
Ce que ça change concrètement.
Dans Excel, l’agent peut créer des formules, insérer des tableaux, modifier des données directement dans le classeur.
Dans PowerPoint, il peut mettre à jour un deck existant avec de nouvelles informations tout en respectant la charte graphique de l’entreprise.
Dans Word, il suit les instructions d’édition en plusieurs étapes sans perdre le fil de ton intention initiale.
Une sidebar montre chaque action en temps réel. Ce n’est pas de la magie noire, c’est de la transparence opérationnelle. Pour l’instant, ça arrive en priorité aux abonnés Microsoft 365 Copilot et Microsoft 365 Premium, mais aussi aux plans Personal et Family.
Pourquoi c’est plus important qu’il n’y paraît.
Voilà ce qu’on entend rarement dans les articles qui couvrent cette annonce :
Il n’existe plus de formation bureautique digne de ce nom.
Ça fait des années que les cours de Word, Excel, PowerPoint ont disparu des cursus scolaires, des plans de formation en entreprise, des onboardings en agence.
On a considéré que tout le monde savait « utiliser un ordinateur ». Ce qui, dans les faits, signifiait : tout le monde sait ouvrir un fichier et taper du texte.
Personne ne sait vraiment mettre en page un rapport, structurer un tableur de façon lisible, ou construire une présentation qui ne ressemble pas à un diaporama de lycée.
Le résultat, c’est des documents Word qui utilisent la barre espace pour indenter, des PowerPoint avec 14 polices différentes, des Excel sans aucune cellule nommée.
L’agent mode de Microsoft ne résout pas ce problème à la racine, mais il le contourne pragmatiquement. Si quelqu’un peut écrire « mets en forme ce rapport avec des titres clairs, une table des matières et des marges cohérentes » et obtenir un résultat correct, c’est un gain net. Pas une tricherie. Une prothèse utile là où la formation a échoué.
Un parallèle avec le vibe coding ?
J’aime le terme vibe working parce qu’il assume quelque chose que le vibe coding a déjà normalisé côté développement : l’intention prime sur la maîtrise technique du détail. En tout cas pour se lancer et donner vie à une idée. Sur un grand projet … bon c’est un autre délire. Mais ce n’est pas le sujet.
En gros, en vibe coding, tu décris ce que tu veux construire, l’IA produit le code, tu itères. Tu n’as pas besoin de connaître la syntaxe exacte de chaque fonction pour avancer. Ce qui compte, c’est la capacité à formuler le problème, à évaluer le résultat, à corriger le tir.
Le vibe working applique la même logique à la bureautique. « Fais un tableau croisé dynamique de ces ventes par région » devient une instruction valide même pour quelqu’un qui n’a jamais su ce que signifiait « tableau croisé dynamique ».
Le curseur se déplace vers la capacité à poser la bonne question et à juger si la réponse est correcte.
C’est exactement là où se situe la valeur humaine dans ce nouveau paradigme.
Ce que ça demande en retour.
Cette évolution ne transforme pas les utilisateurs en experts passifs. Elle déplace les compétences attendues.
Avant, il fallait savoir faire. Maintenant, il faut savoir demander, et surtout, savoir relire. Un agent qui génère un tableau Excel avec de mauvaises formules n’est utile que si la personne en face est capable de détecter l’erreur. Un Copilot qui reformule un rapport avec un ton décalé ne pose pas problème si tu le repères.
La pensée critique sur le résultat devient la compétence centrale. Ce n’est pas rien.
Un mot sur la résistance prévisible, encore.
Certains diront que ça va « abêtir » les utilisateurs, que ne pas savoir faire un RECHERCHEV soi-même est une régression. Je comprends l’argument même si je ne le partage pas.
On n’apprend plus à faire des divisions à la main depuis qu’on a des calculatrices. On n’apprend plus à calibrer une chambre noire depuis qu’on a Lightroom. L’outil absorbe la complexité d’exécution pour libérer de l’attention vers ce qui compte : le contenu, la structure, le sens.
Le vibe working ne remplace pas l’intelligence. Il remplace la douleur inutile de formater un document pendant deux heures quand le résultat final aurait pu être atteint en dix minutes avec une bonne instruction.
La vraie question, maintenant, c’est : est-ce qu’on va enfin arrêter de prétendre que « tout le monde sait utiliser Office » et commencer à enseigner comment bien briefer un agent ?