Deux technologies, deux destins : jQuery 4.0 et la leçon de Tailwind
L'une survit en étant obligatoire. L'autre meurt en ayant dominé. Ça explique pourquoi vos choix technologiques d'aujourd'hui sont des prisons de demain.
Le 17 janvier 2026, jQuery annonce la sortie de sa version 4.0. C'est la première majeure depuis 2016. Dix ans. C'est long sur Internet 10 ans.
Sur le papier, c'est une annonce technique de bas bruit. Abandon du support d'un vieux navigateur. Code plus propre. Quelques améliorations de sécurité.
Mais voilà ce qu'elle signifie vraiment : jQuery est une technologie qui ne meurt pas. Elle persiste.
Et cette persistance raconte quelque chose d'important sur le web, sur la technologie, et sur ce qui arrive quand on domine un marché au moment précis où les règles changent.
Pourquoi jQuery existe encore
88% des sites utilisant une librairie JavaScript utilisent jQuery. C'est presque absurde comme chiffre tant c'est immense.
WordPress, qui alimente 43% du web, a jQuery intégrée dans son code de base. Des millions de sites l'utilisent sans même le savoir. Des milliers de thèmes et de plugins en dépendent. Personne ne peut la supprimer sans risquer de casser une portion significative d'Internet public.
jQuery n'existe donc plus parce qu'on la choisit. Elle existe parce qu'on ne peut pas s'en passer.
C'est la différence fondamentale. Avant, les technologies dominaient parce qu'elles étaient meilleures. Maintenant, elles dominent parce qu'elles sont trop implantées pour qu'on les touche.
jQuery a gagné sa guerre en 2010-2015. Elle a ensuite perdu chaque bataille après. React a dépassé jQuery il y a une décennie. Vue a montré qu'on pouvait être moderne et simple. Svelte a prouvé qu'on pouvait compiler du code et l'optimiser vraiment.
Mais jQuery ne disparaît pas. Elle dort, collée dans le code d'Internet.
L'affaire Tailwind : ce qui se passe quand la domination ne protège rien
Quelques jours avant l'annonce de jQuery, Tailwind a licencié 75% de son équipe d'ingénieurs. Pourtant Tailwind était en croissance. Plus de sites l'utilisaient que jamais. Mais ses revenus se sont effondrés de 80%, à cause d'un petit truc généré par l'usage des IA : le vibe coding.
Voici ce qui s'est passé : le trafic sur la documentation Tailwind a chuté de 40% depuis début 2023. Les IA coding assistants génèrent maintenant Tailwind CSS directement, sans qu'on consulte la documentation officielle.
C'était simple. Tailwind publie une documentation. Les gens la lisent. Ils découvrent Tailwind gratuitement. Certains deviennent clients de Tailwind UI (leurs produits payants). L'IA a coupé cette chaîne à la source.
Bilan : plus de cashflow.
Tailwind dominait le marché du CSS utilitaire. Mais sa domination n'était utile que quand la domination restait visible. Une fois que l'IA a pu scraper, reproduire et injecter Tailwind directement dans les éditeurs de code, la domination est devenue invisible. Et donc sans valeur.
C'est le signal qu'il faut comprendre : la domination technique n'offre plus de protection quand les IA peuvent reproduire et court-circuiter votre modèle d'affaires.
- Avant, dominer signifiait : les gens viennent vers toi pour apprendre, s'intègrent, et deviennent dépendants.
- Maintenant, dominer signifie : les IA peuvent te scraper et te rendre gratuit avant que tu aies fini de facturer.
Le contexte : le vibe coding absorbe l'apprentissage
Le "vibe coding" n'est pas une plaisanterie ou une tendance de blog. C'est la réalité du développement en 2026.
Le concept : tu décris ce que tu veux en langage naturel.
L'IA le fait. Puis tu l'ajustes à coups de prompts ou de correctifs manuels.
51% des équipes utilisant cette approche rapportent une complétion 51% plus rapide. Mais ce qui compte vraiment : 63% des utilisateurs de vibe coding ne sont même pas des développeurs.
Ce chiffre tue l'ancienne chaîne d'apprentissage.
- Avant : tu voulais apprendre CSS, tu apprenais Tailwind, tu t'améliorais.
- Maintenant : tu décris. L'IA génère. Tu ajustes. Aucun apprentissage.
Les jeunes développeurs qui auraient dû progressivement monter en compétence reçoivent des outputs IA prédéfinis à corriger. Pas à construire. Pas à comprendre.
Pour Tailwind, cela signifie que les gens n'ont plus besoin de visiter sa documentation pour apprendre. L'IA génère suffisant sans la visite.
Ce que jQuery 4.0 révèle vraiment
jQuery 4.0 arrive après dix ans sans mise à jour majeure. Ce n'est pas parce qu'on l'attendait. C'est parce que quelque chose qui existe doit continuer à exister.
jQuery ne peut pas innover, parce que l'innover, c'est risquer de casser le web. jQuery peut juste se nettoyer, se moderniser, et persister.
React peut innover. React est choisie. Les gens la maintiennent activement parce qu'ils la décident.
jQuery est maintenue parce que l'arrêter serait plus cher que continuer.
C'est une maintenance de poids mort.
Et ça pose une question qu'on ne peut pas esquiver : à quel moment une technologie dominante devient-elle simplement un cadavre économique qu'on garde en vie ?
jQuery 4.0 le confirme : nous en sommes là. À gérer des cadavres nécessaires.
Les trois catégories de technologies post-IA
- Les antiques obligatoires.
jQuery, Backbone. Trop intégrées, trop vieilles. Elles persistent parce qu'arrêter serait catastrophique. Elles ne dominent plus. Elles occupent seulement de l'espace. - Les essentielles standardisées.
React, Next.js. Assez d'écosystème qu'on ne peut pas les remplacer d'un coup. L'IA ne peut pas les short-circuiter complètement, parce qu'il y a besoin de structure pour les grosses organisations. Elles évoluent lentement, avec le support des communautés. - Les minimalistes précises.
Svelte, SolidJS. Déjà optimisées au maximum. L'IA n'a rien à y ajouter parce que l'ingénierie est déjà maximale.
Tailwind avait un rôle différent. Elle était une abstraction de commodité : elle gagnait du temps en offrant une documentation apprenante et un modèle d'affaires payant au-dessus.
L'IA tue les abstractions de commodité. Elle les rend gratuites, directement intégrées, sans le détour éducatif.
Bref, le signal de 2026
jQuery 4.0 sort pour dire qu'elle existe. Rien de plus.
Tailwind a appris que dominer le marché ne protège pas quand l'IA peut absorber ta valeur économique en la rendant invisible. Et le web doit apprendre que les technologies qu'on croyait dominer n'existent plus que par inertie.
C'est logique. Mais ça demande de voir au-delà de l'annonce technique et de comprendre : un logiciel peut dominer le marché sans avoir aucun avenir réel. Il peut persister sans prospérer.
jQuery 4.0 n'est pas une victoire technique. C'est une acceptation de la persistence.
Et c'est le contraste avec Tailwind qui rend tout ça clair : une était trop implantée pour mourir, l'autre était trop visible pour qu'on l'oublie.
La première survit vide. La deuxième meurt doucement d'avoir trop dominé.
Ils sortent d'où les chiffres ?!
Vous avez raison, il faut partager ça. Alors les voici :
| Chiffre | Contexte | Source | Date |
|---|---|---|---|
| 88% | Pourcentage des sites utilisant une librairie JavaScript qui utilisent jQuery | W3Techs[devclass] | 2026 |
| 78% | Pourcentage du top 1 million de sites utilisant jQuery | BuiltWith[thatsoftwaredude] | 2026 |
| 71 millions | Nombre de sites en production utilisant jQuery | BuiltWith[trends.builtwith] | 2026 |
| 43% | Pourcentage du web utilisant WordPress (qui inclut jQuery par défaut) | W3Techs[dev] | 2026 |
| 10 ans | Temps écoulé depuis la dernière mise à jour majeure de jQuery (3.0) | DevClass[devclass] | 2026 |
| 19 janvier 2026 | Date de sortie de jQuery 4.0 | DevClass[devclass] | 2026 |
| 80% | Chute des revenus de Tailwind CSS suite à l'impact de l'IA | PPC.land[ppc] | janvier 2026 |
| 75% | Pourcentage de l'équipe d'ingénieurs licenciée chez Tailwind CSS | PPC.land[ppc] | 6 janvier 2026 |
| 40% | Chute du trafic de la documentation Tailwind depuis début 2023 | PPC.land[ppc] | janvier 2026 |
| 51% | Amélioration de la complétion des tâches avec le vibe coding | Secondtalent[secondtalent] | 2026 |
| 63% | Pourcentage d'utilisateurs de vibe coding qui ne sont pas développeurs | Secondtalent[secondtalent] | 2026 |
| 80%+ | Pourcentage des installations jQuery tournant sur version 2 ou plus ancien | Dev.to[dev] | 2025 |